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L’impression 3D : une invention française abandonnée par la France
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Le 22 septembre 2015 par

Alors que l’américain Chuck Hull revendique la paternité de l’impression 3D, il faut savoir que ce procédé technologique a bel et bien été inventé et breveté en France dans les années 80.


© Andrew Kovalev

Une innovation française imaginée lors d’un déjeuner et brevetée en 1984

A l’origine de l’invention de la stéréolithographie, ou « impression 3D », se trouve une équipe composée de trois français : Alain Le Méhauté (Alcatel), Olivier de Witte (Cilas) et de Jean-Claude André (CNRS). Début des années 80, Alain Le Méhauté, un jeune ingénieur électrochimiste, s’adonne aux joies de la recherche fondamentale sur la géométrie fractale. Pour illustrer son travail auprès de ses pairs, la meilleure façon est de fabriquer des objets fractals. Un objet fractal est un objet dont les propriétés locales sont équivalentes à ses propriétés globales». Sauf qu’à l’époque, aucune machine (même à cinq axes) n’est capable de produire ces objets. Impossible de passer par l’usinage ou le moulage… alors comment faire ?

Tout est parti d’une conversation entre collègues à la cantine du centre de recherche de la Compagnie générale d’électricité (CGE, future Alcatel), à Marcoussis. Au cours du déjeuner, Alain Le Méhauté lance l’idée : «Il faut inventer une imprimante 3D pour les fabriquer». Son premier interlocuteur n’est autre qu’Olivier de Witte, travaillant sur les lasers à la Cilas (filiale de la CGE). Ensemble, ils élaborent les prémisses du concept de l’impression 3D : en faisant se croiser deux lasers, ils peuvent alors transformer un liquide (monomère) en solide (polymère). Lors de ces premiers essais, ils rencontrent des problèmes de diffraction et réfraction, notamment à cause de la chaleur produit par la transformation.

Puis, un troisième acteur se joint rapidement à eux, Jean-Claude André - chercheur au CNRS et spécialiste reconnu de photochimie. Passionné d’innovation, André se montre optimiste en qualifiant le projet d’« excellente bonne mauvaise idée ». Car selon lui, il est stupide de focaliser le laser en volume, il faut le focaliser en surface. Ils se lancent alors dans la dépose de couches en surface (vs sculpter dans la masse), ce qui semble beaucoup plus simple et adapté. «C’est une technique du 2D et demi, couche par couche. Le monomère polymérise par focalisation et il y a une fusion avec la couche d’en dessous».

Après des jours et des nuits de travail, et avec l’aide de thésards du CNRS, ils parviennent enfin à imprimer un petit escalier en colimaçon ! Eurêka ! A savoir que le travail a été réalisé à la main, sans ordinateur… Le 16 juillet 1984, Alain Le Méhauté et Olivier de Witte déposent le premier brevet sur l’impression 3D au nom de la Compagnie Industrielle des Lasers (Cilas-Alcatel). Ils coiffent au poteau l’américain Chuck Hull qui le déposera trois semaines plus tard. Une belle victoire pour la France !?

Le jour où la France a préféré ne pas miser sur l’innovation et abandonner le brevet…

« En France on n’a pas de pétrole mais on a des idées… ». En effet, nous pouvons être fier de ce premier brevet sur l’impression 3D aux couleurs tricolores ! Mais si l’impression 3D est aujourd’hui assimilée à l’américain Chuck Hull,c’est parce que les décideurs de Compagnie Industrielle des Lasers (Cilas-Alcatel) ont tout simplement abandonné ce brevet pour « absence de perspective commerciale ». Ils ont arrêté de payer les frais de maintien, afin de faire des économies sur le portefeuille brevets du groupe.

La détresse de ces précurseurs n’a même pas trouvé écho auprès du CNRS : impossible de trouver des financements pour ce « truc de rigolo ». En parallèle, ils ont quand même continué à développer des prototypes pour des grandes entreprises françaises, mais n’avait pas les ressources financières pour fabriquer des machines.


Chuck Hull

La paternité de l’une des grandes innovations industrielles revendiquée à tort par les américains

Ni une ni deux, l’américain Chuck Hull fait appel à son employeur pour trouver des fonds et créer sa propre société, sans aucune difficulté. Cette société vous la connaissez sûrement, il s’agit de 3D Systems :

  • Leader mondial sur le marché de l’impression 3D
  • Un chiffre d’affaires de 600 millions de dollars
  • Des milliers d’employés à travers le monde

Face aux refus catégoriques des structures de financement françaises, nos 3 français ont progressivement abandonné la bataille. Laissant le mérite de la paternité de l’impression 3D à l’américain Chuck Hull.

Source

Alain Le Méhauté se confie dans une interview accordée à notre contributeur Alexandre Moussion de Primante 3D « D’un naturel positif, je ne suis en rien amer. Je suis fier du travail d’innovation que nous avons engagé et de l’action menée pour promouvoir les innovations technologiques au travers de la création de structures créant des richesses économiques. Par contre je suis triste pour notre pays car n’oublions pas, à titre d’exemples non limitatifs, que nos mêmes équipes furent aussi à l’origine parmi bien d’autres inventions, des batteries au Lithium (dont on connaît l’impact sociétal) et tout dernièrement des techniques révolutionnaires dites SPADD (Smart Passive Damping Devices)… toutes techniques en cours de développement à l’étranger avec les conséquences pour l’emploi qui en résultent en France ». Lire l’intégralité de l’interview ici

Qu'en pensez-vous ? Un peu révoltant comme histoire non ?

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13 commentaires pour L’impression 3D : une invention française abandonnée par la France

par Thom@s | 3162 point(s)

Bon à savoir pour alimenter le débat à la pause café!! dommage pour la France...

par Clémentine | 0 point(s)

A priori on est en train de changer de dynamique en France, mais ce n'est pas encore au niveau des States c'est sur

par JVT | 1040 point(s)

Bel article !
Malheureusement toujours beaucoup de difficultés en france pour aller de l'avant. Des bonnes idées mais le français est trop frileux pour les exploiter correctement. Et quand ce n'est pas la peur c'est la pseudo conscience collective qui vous montre du doigt.

par remrem | 39321 point(s)

Merci pour cet article fort intéressant.
Outre la mauvaise exploitation de cette idée. Presque 25ans pour que l'impression 3D sorte de l'ombre...

par Clémentine | 0 point(s)

Super Alexandre, hâte de lire ça :) toujours très riches tes interviews !

par Alexandre M | 292121 point(s)

Merci pour le partage Clémentine :) Le japonais Kodama a également joué un rôle important avec les premières publications scientifiques portant sur un procédé préfigurant de la stéréolithographie en 1981.

Ma prochaine interview portera sur la propriété intellectuelle...

par coin37coin | 6694 point(s)

Encore et toujours la même histoire de nos découvertes pillées et mal-exploitées :( C'est quand même rageant d'avoir un tel potentiel en France et de le voir ainsi spolié

par Clémentine | 0 point(s)

Merci Benoit et gt22 pour vos retours ;) en effet, c'est le cas pour pas mal d'innovation ...

par Clémentine | 0 point(s)

Oui je suis complètement d'accord Aurélien ! On fait de très belles choses en France, mais j'étais surprise en faisant des recherches de voir que le 1er brevet d'impression 3D était français :)

par Aurélien S | 6772 point(s)

Mais mais mais, relativisons, nous avons encore de très beaux développements en France liés à l'impression 3D! ;)

par gt22 | 187139 point(s)

et oui le problème c'est pas l’idée mais la protection et la vente de cette idée
et la on est a des années lumière des states entre autre
des exemples ils y en a des milliers
l'exemple inverse du minitel des Telecom qui a été un fiasco total et pourtant de l'argent avait été mit sur table et pour rien de bon
merci pour cet article
@+

par Benoit.LF | 32147 point(s)

Comme le veut l'adage : "On a tort d'avoir raison trop tôt". L'histoire regorge de ce genre d'innovation remisées à tort et ressorties par d'autres !

Très bel article Clémentine ! Fort instructif.